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Le président américain a reçu le prix Nobel de la paix pour « ses efforts extraordinaires pour renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples ». Il a déclaré publiquement ne pas mériter ce prix, mais l’accepter comme un « appel à l’action ». Il offrira l’argent qui accompagne son prix à une oeuvre de charité.

Le président américain Barack Obama ira recevoir en personne le prix Nobel de la paix, qui doit être remis le 10 décembre à Oslo, a dit son porte-parole Robert Gibbs. Il va offrir à une oeuvre de charité le chèque de 10 millions de couronnes suédoises (près d’1 million d’euros) qui accompagne son prix, a annoncé un porte-parole de la présidence américaine.

Vendredi en fin d’après-midi, Obama a dit accueillir « avec surprise et une profonde humilité » la nouvelle qu’il avait été choisi pour le Nobel de la Paix, un prix qu’il a dit ne pas mériter par rapport aux lauréats antérieurs.

Dans sa première réaction publique à l’annonce venue d’Oslo, M. Obama a aussi dit voir là un « appel à l’action » contre le réchauffement climatique ou la prolifération nucléaire et pour la résolution des conflits.

« Je prends la décision du comité Nobel avec surprise et une profonde humilité », a-t-il déclaré dans la roseraie de la Maison Blanche.

« Pour être honnête, je n’ai pas l’impression que je mérite de me retrouver en compagnie de tant de personnalités qui ont transformé leur époque et qui ont été distinguées par ce prix », a-t-il dit dans l’intention évidente de parer les critiques selon lesquelles il n’en avait pas fait assez pour mériter le prix.

Mais « j’accepterai cette récompense comme un appel à l’action, un appel lancé à tous les pays pour qu’ils se dressent face aux défis communs du XXIe siècle », a-t-il dit.

Réveillé un peu avant 6h du matin

C’est son porte-parole, Robert Gibbs, qui a appelé la Maison Blanche, où vit et dort le président, et qui l’a réveillé un peu avant 6h00 locales, moins d’une heure après l’annonce venue d’Oslo, pour lui apprendre la nouvelle.

« Le comité a attaché une importance particulière à la vision et aux efforts d’Obama pour un monde sans armes nucléaires », a déclaré le président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland.

Premier président noir à être élu président des Etats-Unis, Barack Obama, qui a pris ses fonctions il y a moins de neuf mois, a prôné le mois dernier à l’ONU une planète débarrassée de toutes ses armes nucléaires. « En tant que président, Obama a créé un nouveau climat dans la politique internationale. La diplomatie multilatérale a retrouvé une position centrale, avec un accent sur le rôle que les Nations unies et d’autres institutions internationales peuvent jouer », a ajouté M. Jagland. « Rarement une personne a, comme l’a fait Obama, capturé l’attention de la planète et donné à sa population l’espoir d’un avenir meilleur », a-t-il dit. Barack Obama est le troisième haut responsable démocrate américain à recevoir cette distinction en l’espace de quelques années, après Jimmy Carter en 2002 et Al Gore en 2007.

« Un défi lancé à Obama »

« Il y avait beaucoup de candidats (205, un record, NDLR), dont certains méritaient certainement le prix, en raison de leur combat pour les droits de l’homme, a analysé le journaliste et essayiste Jean-Paul Marthoz au cours de notre chat de ce midi. Mais j’ai l’impression que le comité Nobel a voulu cette fois encore influer sur le cours des choses de l’actualité internationale en choisissant un chef d’Etat au coeur des événements. Ce choix était risqué mais il est vrai qu’Obama bénéficie aujourd’hui encore d’une image très positive dans le monde, un peu moins dans l’aire arabo-musulmane certes, mais la disposition générale reste favorable », poursuit Jean-Paul Marthoz. « C’est aussi un défi lancé à Obama : celui d’être à la hauteur d’une attente qui est presque de nature éthique alors que le pouvoir lui impose des arbitrages complexes et parfois contraires aux attentes ». « Je pense, ponctue le journaliste, que ce prix est un encouragement et dans ce contexte il correspond assez bien à, la philosophie conventionnelle du Nobel, l’appui à la médiation plutôt qu’à la confrontation. Ce qui pose évidemment la question de la stratégie suivie en Afghanistan et au Pakistan. Gageons que certains, partisans d’une

escalade, n’apprécient pas totalement ce prix. »

Faits d’armes

Homme le plus puissant de la planète, Obama, 48 ans, a notamment prononcé en juin dernier en Egypte un discours destiné à jeter des ponts entre son pays et le monde musulman après des années de tensions liées aux attentats du 11 septembre et à la guerre contre le terrorisme qui s’en est suivie. Parmi les « faits d’armes » du nouveau président américain, M. Jagland a aussi relevé son engagement dans la lutte contre le changement climatique. Le président américain reste toutefois confronté à deux conflits ouverts : l’un en Irak l’autre en Afghanistan, où il est à la recherche d’une nouvelle stratégie.

Le prix lui sera remis à Oslo le 10 décembre, une date qui coïncide avec la conférence internationale sur le climat à Copenhague. Concrètement, le Nobel consiste en une médaille, un diplôme et un chèque de 10 millions de couronnes suédoises (près d’un million d’euros).

Charismatique et médiatique

Barack Obama se veut l’héritier de l’apôtre des Droits civiques Martin Luther King et du président John Kennedy. Charismatique et médiatique, il semble inspirer à son public un enthousiasme contagieux, mais se trouve confronté à deux conflits ouverts, en Irak et en Afghanistan, où il est à la recherche d’une nouvelle stratégie. Il est sorti de l’anonymat en juillet 2004 lorsque, plaidant pour le candidat à la présidentielle John Kerry devant la Convention démocrate, il a prôné la réconciliation des Américains au-delà de leurs différences de race, d’âge ou de sexe.

Avocat spécialisé dans les droits civiques, il a été élevé à Hawaï où il est né le 4 août 1961 d’une mère blanche du Kansas et d’un père immigré kenyan. Son grand-père, au Kenya, était un domestique dont le fils a décroché une bourse pour aller étudier l’économie aux Etats-Unis. Enseignant à Hawaï, le père de Barack Obama a épousé une jeune blanche du Kansas, alors que les mariages interraciaux étaient interdits dans de nombreux États du Sud. Ils ne seront légalisés par la Cour Suprême qu’en 1967. Barack Obama avait deux ans quand son père a quitté la famille, rentrant à Nairobi où il a été nommé ministre des Finances. Sa mère ayant rencontré un Indonésien, l’enfant a vécu quelque temps dans l’archipel – il parle indonésien – avant de rentrer à Hawaï chez ses grands-parents. Il a suivi des études brillantes : relations internationales à Columbia, droit à Harvard où il sera, en 1991, le premier Noir rédacteur en chef de la prestigieuse revue de droit.

Ancien travailleur social dans les ghettos du sud de Chicago, les plus pauvres, il deviendra avocat dans un cabinet de la ville où il rencontrera sa future femme.

Élu du quartier le plus déshérité de Chicago (Illinois), il s’est toujours battu pour garantir des soins aux plus pauvres et davantage d’écoles. Au terme de primaires démocrates très disputées, il avait triomphé de Hillary Clinton avant d’être élu à la Maison Blanche en novembre 2008.

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