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Musique du Togo

100 Papier y'a encore de l'espoir

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Togo hip hop awards: Ali Jezz de la discorde

La soirée du Togo Hip hop Awards a viré aux jets de projectiles le 18 décembre dernier au Palais des Congrès. Le public venait ainsi d’exprimer un violent désaccord avec le choix du jury quand ce dernier a décerné le prix du meilleur clip à l’artiste Ali Jezz.
Les spectateurs soupçonnent le jury d’avoir fait un jugement partisan, d’autant plus que son président Steven AF est aussi le réalisateur du clip de l’album Hip hop grand format d’Ali Jezz. Ali Jezz s’était montré un peu trop ‘gourmand’ au cours de la soirée en remportant également le prix du meilleur album. Laquelle gourmandise, peut-être imméritée, n’a pas du tout été appréciée par le public, qui a donné sa préférence à “Parmi Les Meilleurs” de Risher Khete’t. Richer Khetet’s est auteur d’une musique cinglante contre le régime Faure Gnassingbé. Ironie de l’histoire, le public avait accusé les organisateurs de faire partie de ceux « qui volent les élections au Togo ».

Cette discorde sur l’attribution d’un tel prix peut en effet faire réfléchir sur la pertinence des prix du Togo Hip Hop Awards. Il y a quelques années c’est l’artiste Eric MC qui a violemment critiqué cette structure pour ses choix incohérents.

Les organisateurs manquent réellement de goût, soutient un spectateur critique. Comparé à ses voisins burkinabè, ghanéen et béninois, le niveau du hip hop togolais laisse plutôt à désirer. Seuls quelques artistes émergent du lot, Eric MC et le groupe Djanta Kan, pour ne citer que quelques-uns.
La création est encore à l’imitation et à la croisée des chemins. Et l’album Hip hop grand format d’Ali Jezz n’est qu’un produit bas de gamme, poursuit-il. Seule la chanson « Djena », un sampling de Djena de King Mensah peut être considéré comme une réussite. Le reste n’étant qu’un ramassis d’un langage scatologique peu musical.

Artiste coup de coeur – Afia Mala, la legende de la musique togolaise

Prix Découvertes RFI en 1984 avec le tube Ten Homte, star de la chanson continentale avec notamment son album Es la manana (1988), chanté en mina, en espagnol et en français, Afia Mala a toujours chanté dans la langue de Cervantes et mis en avant les rythmes afro-cubains… Jusqu’à ce qu’elle décide d’enregistrer à Cuba, dans le studio Egrem, véritable temple de la musique cubaine.

“Au Togo et au Bénin, nous avons la salsa dans le sang. Dans presque tous mes albums, je mettais une touche d’afro-cubain, parce que c’est une musique dans laquelle j’ai baigné toute petite. Mais un album complètement salsa, c’est une folie ! Un rêve que j’avais depuis longtemps !” L’arrangeur et ami Boncana Maïga, qui y a vécu une dizaine d’années, est son meilleur conseil. Il l’encourage vivement à traverser l’Atlantique. Alors Afia se lance. Et rentre du même coup dans l’histoire de la longue tradition d’aller-retour de la musique afro-cubaine.

C’est évidemment l’Orquesta Aragon, premier groupe cubain à avoir tourné au Mali, au Sénégal, au Ghana, au Zaïre ou au Mozambique, dans les années 70 qui semble le plus approprié pour l’accompagner. Les musiciens avaient déjà accueilli Papa Wemba ou le Sénégambien Labah Sosseh ; et aussi accompagné sur scène la grande Myriam Makeba, mais ils n’avaient encore jamais enregistré d’album avec une chanteuse africaine. Une belle première.

Ainsi, pendant un mois, ils font découvrir à Afia Mala la richesse culturelle de l’île. Elle s’enthousiasme pour les fêtes de quartier, l’hospitalité cubaine, la musique qui rythme toutes les étapes de la vie à Cuba. “Franchement, la réalité dépassait le mythe. J’ai retrouvé une partie de moi à Cuba, dans cette omniprésence de rythmes. Cela dépassait tout ce que j’ai pu imaginer, être dans ce pays où tout le monde a la salsa sous les pieds, sous la langue et dans le cœur”.

Elle apporte des compositions, l’Orquesta Aragon lui soumet quelques reprises qu’elle adapte en mina, la langue majoritaire du Togo. “J’ai repris par exemple, la chansonTatalibaba de Celia Cruz, que j’entendais à la maison sur les vinyles de mon père. En mina, elle est devenueTsite, et incite les gens à se mettre au travail, au lieu de critiquer les autres… J’ajoute que la surprise de cet album, c’est d’entendre l’Orchestra Aragon me donner la réplique en mina !” En hommage à Celia Cruz, Afia Mala propose de belles relectures de morceau de la célèbre icône : Me Voy a pinar el rio ou Caramelo qui deviennent respectivement Togo et Gamelilo.

Mais cette expérience ne fut pas de tout repos. “Honnêtement, je ne peux pas dire que cela a été facile. C’était par exemple, la première fois que je chantais sur des violons et il fallait chanter juste… Et puis, même si j’avais déjà fait pas mal de studios avant d’enregistrer à la Havane, le studio Egrem est vraiment impressionnant. Quand tu rentres, tu vois les photos de tous les grands artistes qui y ont enregistré, et là tu te dis :‘Mais je suis où là’ ? Par exemple, le piano qu’on a utilisé pour l’album était déjà là quand Joséphine Baker est venue enregistrer”.

En plus d’Aragon, Afia s’entoure de musiciens d’exception comme le pianiste Gonzalo Rubalcaba, nominé aux Latin Grammy Awards 2006 ou le percussionniste Tata Guines, décédé entre temps au début de l’année. “Tous ces musiciens, le contexte, me font dire que j’ai vécu une expérience unique, très riche à tous points de vue. J’ai aussi pu rendre hommage à Benny Moré, que j’ai aussi beaucoup écouté(il est considéré comme un des plus grands chanteurs cubains : ndlr). Je me suis rendue sur sa tombe, j’ai prié et chanté a cappella pour qu’il repose en paix. A Cuba, je me suis sentie enrichie par la force de cette musique et j’ai donné le meilleur de moi-même”, conclut-elle dans un immense sourire. Cela s’entend. La ravissante perfectionniste a réussi son ambitieux pari. Reste à savoir maintenant si l’expérience pourra se prolonger sur scène, avec les treize musiciens du fameux orchestre cubain…

RFI

Biographie

Influencée par Lokua Kanza, Afiawavi Missohou (son vrai nom), guitariste, auteur, chante en éna, en yoruba, en swahili, en lingala, en français et en espagnol un folk togolais marqué par le genre « habobo ». Voir l’interview Afia Mala la cubaine

L’authentique Princesse des rives du Mono, Afiwavi Mawulana Missohou, connue sous le nom de Afia Mala est née d’une très belle histoire d’amour entre deux familles royales de Vogan au Togo où est née sa mère et de Dogbo au Bénin d’où vient son père.

Elle découvre la chanson et la composition aux côtés de sa mère, à Vogan, celle-ci faisait partie d’une formation de femmes du Habobo. Un groupe d’une soixantaine de femmes qui se réunissent très régulièrement pour écrire un spectacle qu’elles représentent deux fois par ans, avec costumes, danses et chansons, s’accompagnant de percussions (tam-tam, maracas et gon). Le village entier assiste aux représentations. Leurs chansons sont des satires et racontent la vie au village, leur vie, les difficultés, les injustices, les travers de certains ; elles critiquent par exemple les femmes qui maltraitent les enfants de leurs co-épouses, ou les hommes qui ne s’occupent pas comme il faudrait de leurs femmes…

La mère d’Afia compose avec ces femmes, et sa fille l’interroge souvent sur ce qu’est la composition, sa mère lui explique que c’est « dire ce qu’elle a en elle » et que chacun peut composer. Dès lors, encore enfant, au collège, Afia écrit ses premières chansons. Élève brillante, elle est aussi celle dont la voix sublime suscite des applaudissements lors des fêtes scolaires. Certains n’hésitent pas à la comparer à Bella Below, la blues-woman togolaise (décédée à l’âge de 27 ans), inspiratrice de toute une génération de chanteuses africaines. Afia aime aussi interpréter Myriam Makeba, Edith Piaf et d’autres stars intemporelles. La voie est toute tracée pour la princesse des rives, malgré les ambitions de son père qui rêvait pour elle d’une carrière d’avocate.

Sa Carrière :

La carrière d’Afia Mala commence véritablement en 1974. Cette année-là, elle chante devant 4 500 spectateurs au Palais des Congrès de Lomé, la décision est prise, elle sera chanteuse.

Son premier album DJALELE sort en 1979 aux Editions Lassatel au Bénin. En 1981, elle enregistre à Paris son deuxième album, LONLON VEVIE sous la direction artistique de feu Jimmy YACINTHE, produit par Malpani, il sort en France et en Afrique.

En 1984, elle est choisie par les auditeurs de R. F. I. pour sa chanson « Ten Hompte », (La Terre Noire) et obtient le Prix Découverte RFI. Cette chanson paraît sur l’album ES LA MANANA, sorti en 1987. Produit par Afia, il est arrangé par Bonkana Maïga et enregistré au studio JBZ à Abidjan (Côte d’Ivoire).

Studio de légende

Ses albums suivants, Afia Mala les enregistre à Paris : – DESIR, réalisé par Manu Lima (distribution Sonodisc – 1989). – PROPHETIE, réalisé par Maïka Munan (distribution Blue Sylver – 1995) – ANGELINA, réalisé par Yves Njock (distribution Déclic / BMG – 1997) .

Toujours avec Yves Njock, en 2003, l’album PLAISIR, (distribution Milan/Universal), est résolument latino. Chanté en différentes langues, c’est un véritable mélange de cultures. On y retrouve Lokua Kanza en duo avec Afia, sur le morceau « Matesso ».

Afia Mala, auteur, compositeur, interprète, est devenue femme d’affaire. En effet, depuis 1987, elle est productrice de tous ses albums.

« Primée et nommée à de multiples reprises dans différents prix musicaux sur le continent, Afia Mala est une des voix les plus emblématiques du Togo. » (Rfimusique.com – 2007). Elle se produit dans le monde : Chicago, Indianapolis (USA), Almati (Kazakhstan), Paris, et dans toute l’Afrique de l’Ouest.

Pour Afia Mala, une chanson doit toujours porter un message. À l’image des femmes du Habobo de son enfance, elle ne triche pas… elle est une artiste sincère qui chante avec son coeur et en plusieurs langues : éwé, adja, lingala, swahili, douala, français, anglais et espagnol. Elle chante la condition des femmes et des enfants en Afrique. Elle évoque aussi l’amour, l’injustice, la paix. Afia Mala c’est une voix, profonde et une présence scénique exceptionnelle.

LES CAURIS DE LA MUSIQUE TOGOLAISE

Alors que se déroulait au Zénith de Paris la cérémonie des Victoires de la musique, Lomé, la capitale du Togo, se passionnait pour la première édition des Cauris. L’occasion de découvrir les meilleurs artistes du plus petit pays d’Afrique de l’Ouest.

Les artistes togolais récompensés

Elle n’était pas montée sur scène à Lomé depuis dix ans: Adjobi Dossou attendait avec impatience le retour d’Afia Mala, qui profitait de ce premier gala de la musique togolaise pour présenter au public son nouvel album, Plaisir, sorti voici une quinzaine jours à Paris. L’occasion également de découvrir des artistes, qui, à l’instar de leurs voisins béninois, ont peu d’échos dans le grand concert de la «sono mondiale».

Cinquante kilomètres séparent les deux extrêmes de la façade maritime de ce pays de 3,5 millions d’habitants. A 500 mètres de la frontière avec le Ghana, se dresse l’hôtel du 2 Février. Au 36e étage de cette tour, la plus haute d’Afrique de l’Ouest, sont installés les plateaux de TV2, nouvelle chaîne de télévision privée. Au 2e étage, dans le salon Fazao qui a accueilli le sommet France-Afrique en 1986 et celui de l’Union africaine en l’an 2000, Hervé Pana a organisé cette première édition des Cauris.

Clin d’oeil involontaire, cette manifestation se déroule au même moment que les Victoires de la musique à Paris. Et, comme à Paris, les médias nationaux sont mobilisés pour retransmettre l’événement. Ici, France 2 s’appelle TVT (Télévision togolaise); France Inter, Zéphyr FM dont le site Internet relaie la soirée en direct. Mais, contrairement au Zénith où le public est essentiellement composé de professionnels, on a assisté à un grand dîner de gala, à 30 euros l’entrée, soit deux semaines de salaire au Togo.

Trois invitées d’honneur ont fait le déplacement de Paris. Afia Mala, la «princesse de Vogan», qui fait son grand retour au pays, Monique Seka, reine ivoirienne de l’Afro-zouk, dont le Missouwa a fait danser tout le continent voici une dizaine d’années, et ‘Sheila’, ou plutôt Cheela, une jeune métisse indo-zaïroise dont le premier opus, sorti voici deux ans, Elu Palala, a révélé aux amateurs de déhanchements suggestifs que Tshala Muana, la reine du mutuashi, avait enfin trouvé une digne héritière.

Ces trois «Drôles de dames» ont rythmé une soirée qui traînait quelque peu en longueur, défaut inhérent à toute cérémonie de ce genre. 21h45: A Paris, Lynda Lemay reçoit pour sa quatrième nomination le prix de la meilleure interprète de l’année. Au même moment, à Lomé, il est 20h45 et les Cauris devraient démarrer. En fait, c’est plutôt l’heure de servir les entrées. Car la télévision, sensée prendre l’antenne à ce moment-là pour trois heures de retransmission, diffuse un vieux concert de Michel Sardou avant de lancer le direct. A Lomé, c’est le promoteur qui paye pour la retransmission et non le contraire comme en France. Mais comme le car régie de la télévision connaît des problèmes techniques, l’organisateur fait patienter les convives et meuble comme il peut. Finalement, c’est avec une heure de retard que démarrent les Cauris.
C’est avec un seul PC que toute la cérémonie est pilotée. Les enchaînements vidéos ont été réalisés avec cet ordinateur et la télévision nationale s’y est connectée afin de capter le signal et retransmettre les images numérisées par les promoteurs de Cauri Consulting. Musique générique, présentation des trophées, mot de bienvenue, discours du ministre de la Culture, remise d’un premier prix aux Kara Boys (celui du meilleur groupe chorégraphique), d’un second, à l’église St-Jean de Dieu comme meilleur groupe de chorale, avant d’arriver après une heure à l’incontournable trophée d’hommage. Alors qu’à Paris, il est attribué à Serge Reggiani, à Lomé, il revient à Aho Adetsi Amegan (un homme de 80 ans, qui lui aussi se déplace avec difficultés) pour les 300 chansons qu’il a écrites. La jeune Cheela, elle, est «Très fâchée». Reprenant un tube des années 8O de sa compatriote Abeti Masikini, elle interprète en avant-première le titre phare de son prochain album, réalisé à nouveau par Alain Kounkou.
Jimmy Hope, le Johnny Hallyday national, arrive sur scène en jean et «santiags» avec son éternel chapeau de cow-boy. Avec son groupe (un classique combo basse, guitare, batterie), il enchaîne les légendaires What I Said, Knocking on Heaven’s Door et fait monter la tension dans une salle de VIP’s qui retrouvent la ferveur de leur jeunesse, dans les années 60.

Alors que Tiken Jah Fakoly recevait la Victoire de l’album reggae/ragga/world, son «petit frère» Ras Ly, rencontré chez lui à Odienné, en Côte d’Ivoire, était le grand vainqueur de cette soirée. Même coiffure que Tiken Jah à ses débuts avec de courtes dreadlocks, même tenue vestimentaire en bogolan, un tissu du nord de la Côte d’Ivoire, et mêmes textes virulents contre le pouvoir en place. Comme Tiken Jah, Ras Ly est la voix des sans-voix. Meilleur espoir de l’année, tube de l’année avec sa chanson Agbetiko, Ras Ly s’est ainsi vu récompensé après avoir été empêché de se produire le 20 décembre dernier dans la ville natale du président Eyadema. Ce soir-là, ses deux Cauris avaient un goût de revanche.
«Je suis tellement enjaillé, encheketé, il faut laisser parler librement l’artiste». La joie sincère de Ras Ly faisait plaisir à voir.
En ces temps où le mot Paix est au centre de toutes les préoccupations en Afrique de l’Ouest, cette consécration n’avait rien d’anodine.


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